Vélo, ViaRhôna et cyclotourisme

Interview de Aurélie de Le Vélo voyageur : Développer le tourisme à vélo en France et en Europe

Aurélie, pouvez-vous d’abord nous raconter comment vous êtes arrivée chez Le Vélo voyageur et en quoi votre rôle de conception de séjours vous place au cœur du développement du tourisme à vélo en France et en Europe ?Après plusieurs années...

6 août 2026 9 min de lecture
Interview de Aurélie de Le Vélo voyageur : Développer le tourisme à vélo en France et en Europe

Aurélie, pouvez-vous d’abord nous raconter comment vous êtes arrivée chez Le Vélo voyageur et en quoi votre rôle de conception de séjours vous place au cœur du développement du tourisme à vélo en France et en Europe ?

Après plusieurs années à travailler dans le tourisme à l'étranger, je recherchais un poste me permettant de rester en contact avec des voyageurs internationaux tout en ayant un lien concret avec les destinations et les acteurs locaux. Le tourisme à vélo m’a tout de suite attirée parce qu’il combine découverte, mobilité douce et valorisation des patrimoines locaux. Cette fonction me place effectivement au cœur du développement du tourisme à vélo, car je participe à la valorisation des itinéraires cyclables et des destinations qui les traversent. Chaque séjour contribue à générer des retombées économiques pour les territoires et met en avant une autre façon de voyager.

Dans votre travail quotidien de création d’itinéraires, quels sont, très concrètement, les critères qui font selon vous la différence entre un simple parcours cyclable et une véritable destination vélo attractive, que ce soit sur la Loire à Vélo, le Canal du Midi ou la Vélodyssée ?

Pour moi, la différence entre un simple parcours cyclable et une véritable destination vélo attractive ne tient pas seulement à l'itinéraire lui-même. Bien sûr, la qualité des infrastructures est essentielle : des voies sécurisées, bien balisées et faciles à suivre sont un prérequis. Mais ce qui fait vraiment la différence, c'est tout l'écosystème autour : la disponibilité et la qualité des vélos proposés, l'accès en transport en commun, des hébergements adaptés à l'accueil des cyclistes... De nombreuses destinations attrayantes ne peuvent malheureusement pas se concrétiser en séjours dans notre catalogue en raison du manque d'infrastructures, souvent à notre grand regret ! Nous regardons évidemment la diversité des paysages, le patrimoine, la gastronomie, les possibilités de visite et les rencontres que les voyageurs pourront faire en chemin. Les clients recherchent une expérience complète et pas uniquement une performance sportive.

Vous testez vous‑même les étapes et proposez des séjours accessibles aux débutants : qu’est-ce que cette exigence de « cyclotourisme pour tous » change dans la façon de concevoir les distances, le choix des hébergements, les services (transport de bagages, GPS, assistance), par rapport à une offre plus sportive ou plus experte ?

C'est un élément central de notre démarche. Lorsque l'on conçoit des séjours pour un public débutant ou occasionnel, on ne raisonne pas du tout de la même manière que pour une clientèle sportive. L'objectif n'est pas la performance, mais le plaisir, la découverte et la sérénité.
Concrètement, nous sommes très attentifs aux distances quotidiennes. Nous privilégions des étapes qui restent confortables, avec suffisamment de temps pour profiter des visites, des paysages, d'une pause en terrasse ou d'un détour imprévu. Un itinéraire peut être magnifique, mais s'il est trop exigeant physiquement, il risque de devenir source de stress plutôt que de plaisir. Les services jouent aussi un rôle déterminant. Le transport des bagages, par exemple, est souvent ce qui permet à des personnes qui n'auraient jamais envisagé un voyage à vélo de franchir le pas. De la même façon, la mise à disposition de l'itinéraire sur notre application de voyage, l'assistance en cas de problème ou encore la location de vélos adaptés, y compris électriques, rendent le voyage beaucoup plus accessible. L'hébergement doit aussi faire partie de l'expérience, avec des partenaires habitués aux attentes des cyclistes et situés à proximité des itinéraires. Ce sont tous les éléments que nous en prenons en compte lorsque nous faisons nos repérages, avec toujours en tête l'expérience telle qu'elle sera vécue par nos clients.

En observant vos voyageurs en France, mais aussi en Espagne, Allemagne, Belgique ou aux Pays‑Bas, quelles grandes différences voyez-vous dans les attentes, les comportements ou la culture du voyage à vélo entre ces pays, et comment adaptez-vous vos séjours à ces spécificités ?

Ce qui est intéressant, c'est qu'il existe une passion commune pour le voyage à vélo, mais les habitudes et les attentes varient effectivement selon les pays. La culture du vélo est beaucoup plus ancrée en Belgique, en Allemagne et aux Pays-Bas qu'en Espagne par exemple, avec des infrastructures plus développées et des itinéraires structurés. Les voyageurs s'attendent donc à être accueillis dans un environnement qui répondra aux besoins spécifiques des cyclistes. En Espagne, le vélo de loisir et le cyclotourisme connaissent un développement important, mais la clientèle est parfois davantage attirée par les paysages, le climat et l'expérience de voyage dans son ensemble. Les périodes de voyage et les distances sont aussi souvent pensées en fonction des conditions climatiques. Pour un voyageur français qui se rend sur l'une de ces destinations, il est aussi de notre rôle de l'orienter vers le pays qui répondra le mieux à ses envies et souligner ses spécificités.

Le Vélo voyageur s’inscrit dans un écosystème structuré (France Vélo Tourisme, offices de tourisme, hébergeurs, loueurs, etc.). Quels sont aujourd’hui, de votre point de vue de terrain, les principaux freins au développement du cyclotourisme (infrastructures, intermodalité, saisonnalité, offre locale…), et comment une agence comme la vôtre peut concrètement contribuer à les lever ?

Le cyclotourisme a connu un essor considérable ces dernières années, mais sur le terrain, il reste encore plusieurs défis à relever pour accompagner cette croissance.
Le premier concerne l'intermodalité. Beaucoup de voyageurs souhaitent rejoindre leur destination en train, mais transporter un vélo reste parfois complexe selon les lignes, les périodes ou les pays. Pour quelqu'un qui débute, ces contraintes peuvent être un véritable frein avant même le départ. Passer par une agence comme la notre qui s'occupe de la location, livraison et collecte des vélos est un plus pour les voyageurs. Il y a aussi la question de la continuité des infrastructures. La France dispose aujourd'hui d'itinéraires remarquables comme la Loire à Vélo, la Vélodyssée ou la ViaRhôna, mais la qualité des aménagements peut encore varier d'un territoire à l'autre. Les cyclistes recherchent avant tout de la sécurité, de la lisibilité et du confort. Nous leur mettons à disposition un itinéraire que nous avons nous-même relevé sur le terrain et qui vient donc combler certaines lacunes. Un autre enjeu est celui de l'offre de services. L'hébergement adapté aux cyclistes, les points de réparation, la location de vélos ou encore les solutions de transfert de bagages sont parfois très développés sur certains grands itinéraires, mais plus limités dans des destinations émergentes qui ont pourtant un fort potentiel. Nous travaillons déjà avec notre réseau de partenaires que nous complétons au fil des années. La saisonnalité et bien évidemment le changement climatique représentent également un défi. Nous devons prendre en compte le fait que certaines régions ne seront plus possibles au plus fort de l'été et élargir nos destinations vers des zones plus tempérées. Allonger les saisonnalités fait également partie des solutions, à condition que la logistique et les partenaires suivent la même dynamique.

Si vous vous projetez à 5 ou 10 ans, comment imaginez-vous l’évolution du tourisme à vélo en France et en Europe : quelles destinations émergentes, quels nouveaux types de clientèles ou de services (numérique, mobilité douce, slow travel…) voyez-vous déjà poindre dans vos demandes et vos échanges ?

La façon de préparer ses vacances va très certainement évoluer avec des demandes plus fréquentes d'itinéraires suggérés par IA. Nous voyons déjà des clients nous contacter avec un projet de voyage conçu par une intelligence artificielle. Notre expérience du terrain nous permet de nous démarquer et de pallier les erreurs ou approximations dans leurs demandes. Les voyageurs à vélo cherchent par ailleurs aussi en parallèle une certaine déconnexion. S'ils élaborent leurs itinéraires sur ChatGPT, ils souhaitent paradoxalement se rapprocher d'une expérience plus humaine et vivre des vacances à un rythme différent. le concept de slow travel va prendre encore plus d'importance. Les voyageurs ont envie de prendre leur temps, de rencontrer les habitants, de découvrir le patrimoine, la gastronomie et les paysages. Le tourisme à vélo répond parfaitement à cette aspiration.

Pour conclure, quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui hésite encore à se lancer dans un premier voyage à vélo en liberté, et quel itinéraire de votre catalogue recommanderiez-vous comme porte d’entrée idéale pour découvrir ce mode de voyage ?

Le premier conseil que je donnerais, c'est de ne pas surestimer la difficulté. Beaucoup de personnes imaginent qu'il faut être un grand sportif pour partir en voyage à vélo, alors qu'en réalité il s'agit avant tout d'une autre façon de voyager. On avance à son rythme, on prend le temps de profiter des paysages, de s'arrêter dans les villages, de découvrir le patrimoine local. Ce n'est pas une course.
Je conseillerais aussi de choisir un premier itinéraire accessible et bien équipé en services, afin de vivre une expérience sereine. Le transport des bagages, des étapes raisonnables et un itinéraire bien balisé permettent de se concentrer uniquement sur le plaisir du voyage. Nos séjours sur la ViaRhôna ont beaucoup de succès auprès des familles, en particulier sur la portion Sud, entre Vienne et Valence. Avec un itinéraire quasiment plat, sur des pistes sécurisées, il répond parfaitement aux attentes des cyclistes amateurs. Finalement, le plus difficile est souvent de partir la première fois. Ensuite, beaucoup découvrent un mode de voyage qui allie liberté, découverte et plaisir, et ont envie de recommencer sur d'autres itinéraires. C'est sans doute la meilleure preuve de l'attrait du tourisme à vélo aujourd'hui. Alors n'hésitez pas à vous lancer !

Pour en savoir plus : https://levelovoyageur.com